Moins de cadmium dans les engrais d’ici 2030, mais le sol garde ses réserves
Un décret et deux arrêtés fixent le calendrier, mais une clause de révision laisse l’échéance de 2030 ouverte et le cadmium déjà dans les sols demeure.
En bref
- Le gouvernement a annoncé le 2 octobre une baisse par étapes du cadmium toléré dans les engrais phosphatés.
- Le calendrier peut être adapté : l’objectif de 2030 n’est pas garanti.
- Le cadmium déjà dans les sols continue de passer dans les cultures.
- Variété alimentaire et légumineuses figurent parmi les conseils pour l’assiette.
La baisse annoncée ne changera pas votre assiette du jour au lendemain. Le métal déjà présent dans les sols restera, et l’échéance finale peut encore être repoussée. Voici ce que prévoient les textes, pourquoi le cadmium préoccupe et quels choix alimentaires sont suggérés en attendant.
Un calendrier en trois paliers jusqu’en 2030
Selon 60 Millions de consommateurs, le gouvernement a annoncé le 2 octobre une accélération de la réduction du cadmium dans les engrais phosphatés. Elle repose sur un décret et deux arrêtés, soit trois textes en tout. Les seuils s’expriment en milligrammes de cadmium par kilogramme d’engrais, et la limite française actuelle de 90 mg/kg doit être divisée par 4,5 d’ici 2030.
Ce dernier palier correspond à la limite que réclamait l’Anses. La comparaison avec l’Europe se lit dans le tableau ci-dessous.
| Territoire | Limite en cadmium (mg/kg d’engrais) |
|---|---|
| France, 2027 | 60 |
| France, 2028 | 40 |
| France, 2030 | 20 |
| Union européenne, en vigueur depuis 4 ans | 60 |
Le palier français de 2027 rejoindra donc le niveau européen actuel, alors que l’objectif de 2030 est déjà en place dans deux pays de l’Union.
Pourquoi ce métal lourd inquiète
Le cadmium est classé cancérogène certain pour l’homme et se retrouve dans de nombreux produits alimentaires. Un avis de l’Anses publié en mars 2026 relevait une exposition majeure des Français, principalement par l’alimentation. D’autres alertes l’avaient précédé : des études de Santé publique France publiées depuis 2021, puis une lettre ouverte de médecins libéraux adressée au Premier ministre en juin 2025, qui dénonçait une « bombe sanitaire ».
Ce qui peut freiner l’effet attendu
Même respecté, le calendrier ne règle qu’une partie du problème. Des engrais moins chargés limitent les nouveaux apports aux sols, sans faire disparaître le cadmium déjà accumulé. Celui-ci peut imprégner les terres pendant des décennies et contaminer les cultures, dans des proportions qui varient avec l’acidité et la nature du sol ainsi que les variétés cultivées.
L’azote intervient aussi. Selon l’ASEF, la fertilisation azotée favorise l’acidité des sols et augmente le flux de cadmium vers les plantes. Son président, le Dr Pierre Souvet, juge qu’« il y aurait d’autres voies à explorer, comme réduire la fertilisation azotée de certains sols ».
Les gestes qui comptent dans l’assiette
Durant plusieurs années, pain, céréales, pâtes et pommes de terre continueront d’apporter une part non négligeable de cadmium. Les aliments les plus contaminés sont les abats, comme le foie et les rognons, les coquillages et fruits de mer, les algues, peu consommées en France, et, dans une moindre mesure, le chocolat. Le magazine formule ces recommandations :
- varier son alimentation ;
- consommer moins de produits à base de blé et de céréales, sucrés ou salés, des céréales du petit-déjeuner aux viennoiseries en passant par les biscuits, les gâteaux, le pain et les pâtes ;
- réduire plus nettement encore les abats, coquillages, fruits de mer, algues et le chocolat ;
- mettre davantage de légumineuses dans les repas à la place des pâtes ;
- changer l’origine des aliments achetés.
Ces repères servent à limiter l’exposition, non à l’annuler : tant que les sols restent chargés en cadmium, aucun aliment n’en est totalement exempt.
Photo : MART PRODUCTION / Pexels